J'étais né. Me voilà aujourd'hui devant les portes de la cité et du haut de ses murailles le sphinx qui me demande: - D'où viens tu ? Je lui réponds - Qu'en sais-je? moi qui ne me souviens pas de la seconde d'avant que je ne sois conçu. Imperturbable, il me tance: - Tu n'entreras dans la cité que lorsque tu le sauras. Retournes d'où tu viens et cherches!...
Je baisse la tête et m'efforce de me souvenirJ'étais mon père et ma mère qui s'aimaient dans la toute jeune république
j'étais mon grand père résistant et analphabète qui vivait sous la menace des armes coloniales
et mon arrière grand père qui labourait sa terre et versait la dîme au bey
et avant lui, un berger appartenant à une tribu rebelle venue s'établir dans les montagnes du nord
J'étais le disciple d'une communauté soufie perdue dans les collines de l'Atlas
et avant lui un juif bérbère vaincu par les armées arabes
J'étais un esclave romain qui vendait le marbre sur un port de la méditerrannée
et avant lui, un artisan numide qui vendait ses poteries à Carthage.
...
La trace de mes souvenirs écrits s'arrête brusquement ici Je dois fournir plus d'effort pour me souvenirJ'étais le fils d'un peuple de chasseurs qui vénérait les étoiles et les esprits du désert
et le père d'un peuple de cueilleurs qui vénéraient la Terre déesse mère
j'étais un homme du nom d'Adam fils d'un homme qui avait maitrisé le feu
lui même, fils d'un homme qui s'était relevé sur ses deux jambes
et avant, j'étais une espèce d'anté-homme qui sautillait dans les arbres et avant lui un petit mammifère qui se nourrissait de vers de terre
et bien avant, un amphibien qui découvrait le sol
J'étais un poisson aux dents longues
une méduse, un invertebré, une cellule qui se multipliait
j'étais de l'eau froide et avant elle de l'eau bouillante
j'étais une foudre qui descendait du ciel j'étais une étoile, un magma
La trace de mes souvenirs s'arrête encore une fois. Je ne me souviens plus de rien et pourtant je dois trouver d'où je viens... Je dois me souvenir de ce que je suis venu faire ou alors l'inventer ...Au tout début, j'étais un néant et dedans la Vie qui s'impatientait
et avant, j'étais une parole dans le coeur de l'éternel
...
Je relève ma tête quelques années après la première question
et le sphinx me redemande: - Que viens tu faire ici? - Je viens achever un souvenir.
lundi 29 novembre 2010
Ancêtres
jeudi 25 novembre 2010
De vive voix
Je l'avais trouvée dispersée dans le ventcomme une feuille d'automne
cherchant désespérement où s'abriter des vents secs de l'époque...
n'importe où, me demanda t-elle même recluse dans des hiéroglyphes abandonnées Je suis encore vivante ... et "être dans le vent ... est une ambition de feuille morte " ...Alors je la ramène chez moi
Au moins...me dis-je Tu auras donné un gîte à cette voix, ce chant des abysses qui sans paroles déclament tes vérités essentielles
- et donnes lui aussi ce manteau que tu auras tissé des voix éteintes des matinaux et des crépusculaires-
...
Depuis, je l'entend parfois chanter pour quelques étoiles solitaires. - la beauté sauvera monde------
Sans voix, ce n'est pas le silence mais la vague impression de ne pas exister
Au moins... j'aurais tenté de parler à mes semblables avant l'effacement de ma voix devant le silence éternel
Je voudrais qu'il en demeure comme un doux son de vagues dans un coquillage fossile</blockquote>
dimanche 21 novembre 2010
Rémanences
Gravures immémoriales sur mon front silencieux;Témoignez ...
de ma mémoire saccagée par un souvenir impétueux
revenant sans cesse, pour repartir ausssitôt
en me laissant infiniment démuni devant le gouffre qu'est moi-même, et en m'ayant auparavant enjoint...et ardemment
d'y descendre chercher l'or du temps
et les pierres noires du temple profane que je construis
sur les décombres de mes anciennes certitudes.</blockquote>
samedi 20 novembre 2010
L'enfance d'un arbre
La graine qui s'imagine grand chêne, solennel dans sa forêt parmi les arbresenfonce ses racines dans la terre et envoie ses feuilles vers le soleil. -- Je suis né graine,
venu à la vie pour grandir comme un arbre
et accueillir sur mes branches les oiseaux qui transmuent mon bois en chant matinal</blockquote>
Le véritable amour
Tu m'as tout entier à chaque fois que tu mets ta main dans la mienne.Ce n'est pas un simple contact d'épidermes, c'est tout mon être que je mets à ta disposition.
Fermes les yeux et sois avec moi; tu m'entendras, dans mon absolu silence, te dire : je t'aime.
Saches seulement que mon amour est inquantifiable, inqualifiable, intemporel, insaisissable par la pensée. Toute immiscion de l'esprit, le tien ou le mien, même la plus imperceptible, le fait instantanément disparaître.
A chaque fois que tu m'entendras te le dire , saches que je ne veux rien dire à part cela: "je t'aime maintenant, en cet instant, de tout mon être." et strictement rien d'autre.
En cet instant, je n'existe plus, tu n'existes plus... mais nous existons dans notre plus parfaite expression.</blockquote>
jeudi 11 novembre 2010
Vitrail
Un rayon de révolte, de part en part, te traverse, et devant tes yeux, ta poussière suspendue;Fais toi vitrail de cathédrale et colore tes yeux de joie, et ta bouche d'un mot d'amour.
La lumière qui t'éclaire n'en sera que plus belle.</blockquote>
La route
Aucun homme n'est né suffisamment près de l'origine du monde et aucun n'est mort suffisamment près de sa fin, pour que nous puissions croire son histoire et que nous cessions, enfin, de se souvenir d'un faux début et d'espérer une fausse fin.L"homme est libre quand, en dépit de l'indétermination du mi-chemin, oublie son point de départ et ne soucie plus de son point d'arrivée; et consciemment marche en mortel, sans en être déçu. Celui-ci choisit la route, cédant volontiers le passage à ceux qui se pressent devant lui. Lui a en tête de mieux saluer le paysage.</blockquote>
lundi 8 novembre 2010
Bouteille à la mer
Une bouteille à la mer s'est réveillée au beau milieu de l'océan sur son voyage: "Que fais-tu dans cet immense océan bleu, bouteille en verre? Et quel est ce papier qui te remplit le ventre? Pauvre de toi que les vagues tourmentent "....
Tout autour d'elle des bidons se disputaient violemment pour une tâche d'huile sur l'eau.</blockquote>
Avoir un rêve
La lumière de vivre m'a, un moment, ébloui pour accentuer ensuite l'obscurité du théâtre.Je regarde maintenant ma marionnette qui se fait balloter sur la scène du monde;
et le spectacle ne m'amuse plus...
mais il semble qu'il n'y a pas d'entractes, et on devra attendre la fin de la représentation.
La maudite nausée me reprend et toute l'ignominie de ce malaise est qu'il est supportable. La nausée ne tue pas, elle dégoute.
Il me faut changer de vie. Il faut que je rêve.</blockquote>
vendredi 5 novembre 2010
Les couleurs du désir
Je veux apprendre tes couleurs pour peindre le tableau du désir.l'or de tes cheveux et le bleu de tes yeux,
le blanc de ta peau le rouge de ta bouche
et le rose...de ta rose.
Ô femme fatale Mon pinceau et ta toile;
jusqu'au petit matin au sommeil qui repose.</blockquote>
l'habitude de fuir
Nous avons hier, creusé de si nombreux tunnels et nous les connaissons désormais par cœur;arrive aujourd'hui, le temps de les combler pour nous changer de l'habitude de fuir.
Respirons à l'air libre, le ciel nous supportera.</blockquote>
jeudi 4 novembre 2010
Refuge
Les hommes n'avaient plus foi en Dieu; ne subsistaient, pour se duper, que les religions ritualisées c'est à dire un artifice de la croyance.Ils n'avaient plus foi dans le vivre ensemble; ne subsistaient, pour se duper, que les sociétés hiérarchisées, c'est à dire un artifice de la communauté.
Et ils n'avaient plus foi en eux-mêmes; ne subsistaient, pour se duper, que les corps fonctionnels, c'est à dire un artifice de l'être.
Ne se reconnaissant plus de ce monde, le poète fuit là où il a foi en Dieu, foi en l'autre et foi en lui-même. Il est ailleurs, c'est à dire en soi.
Son Dieu est une espérance fragile, sa communauté une parole poétique et son être un silence limpide...Trois notions : l'espérance, la poésie et le silence, totalement inopérantes dans le monde, mais qui portent encore le sceau de la vérité.</blockquote>
mercredi 3 novembre 2010
Passé & Futur
Regardes le ciel tu verras un très lointain passé et tu te diras: voilà mon avenirRegardes au fond de toi tu verras que tu es le chemin qu'emprunte l'âme pour redevenir étoile
Ne l'en détournes pas.</blockquote>
Doutes
Quelle impatiente prétention que d'oser écrire, ne serait-ce qu' une ligne, avant d'avoir lu mille livres...et qu'il est vain le triomphe versifié de cet orgueilleux phraseur toujours ignorant.
...
Humilité! Je cherche encore ta porte.</blockquote>