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samedi 18 juin 2011

Les habitants du ciel

Nous n'habitons pas la Terre. Nous habitons le ciel. Littéralement.

Mais un mauvais jeu de langage nous empêche de le saisir. Nous nous disons Habitants de la Terre, alors qu'elle n'existe réellement que sous nous pieds.

Il n'y a pas de ciel ou l'on monte. Nous y sommes déjà. Seul, à l'instant de l'ensevelissement, nous revenons à la Terre. Et là commence la vie souterraine de l'âme, cette âme qui ne parvient pas à se détacher de son contenant et de se prendre pour sa forme.  Certains ont appelé cela l'enfer.

Le paradis serait que la conscience demeure définitivement là où elle est maintenant. Pour cela, il faudra qu'elle accepte de cesser d'appartenir à quelqu'un. Qu'elle habite, dès maintenant, et littéralement, dans l'espace infini qui s'offre à ses yeux.</blockquote>

lundi 13 juin 2011

Bavardage

Je ne crois en rien, je ne vaux pas grand chose, et pourtant tous les matins, je me lève. J'ai le destin d'un être humain sur Terre. Et quand je me lève, la première chose que je remarque, est que les oiseaux chantent; alors que les humains ne chantent pas; ils bavardent. Aujourd'hui au travail, j'ai écrit ceci: "Le processus en question ne répond pas à nos exigences. Ni en termes d'efficacité opérationnelle, ni en termes de gains commerciaux". C'est bien ce genre de phrases qui me rapporte mon pain quotidien. Puis j'ai écrit ceci à la pause déjeuner, en sirotant un thé : "Dans leur sommeil, les scies rêvent de bois; mais les scies sont de métal. Dans leur sommeil, les hommes rêvent d'air; mais les hommes sont d'argile. Une argile peut-être tombée du ciel (sinon, d'où vient la nostalgie?), mais qui, au fil du temps, est devenu diamant à couper le silence." Ce genre de phrases ne me rapporte rien.

Les hommes bavardent. Ils bavardent tellement qu'à premier abord, c'est à donner raison à Céline qui affirmait que: " le monde n'est, la plupart du temps, qu'une immense entreprise à se foutre du monde".

Ceci dit, en approfondissant un peu les choses, je trouve tout à fait normal que ce sont bien les phrases du premier type me rapportent mon salaire;  puisque les phrases du deuxième type me rapportent ce que je crois être des aperçus de la vérité.

Et comme nous le savons tous, la vérité n'a pas de prix.</blockquote>

jeudi 23 décembre 2010

Les fleurs

Imaginez que les fleurs ne s'ouvraient que parce qu'elles avaient leurs propres idées de la beauté des couleurs et de la grâce des parfums.

Les tulipes jugeront que les lilas se trompent, les violettes estimeront que les roses ont failli, et les orchidées seront toujours menacés par les azalées.

Il s'en suivrait sans doute une désastreuse guerre florale !

A la fin, Les fleurs s'entretueraient; et il ne resterait aux abeilles que l'herbe; elles qui savent qu'on ne fait le meilleur miel qu'en butinant le nectar de mille et une diverses fleurs.

...

Heureusement que ce n'est qu'une vue de l'esprit...

Les fleurs n'ont aucune idée de la beauté. Elles sont fleurs sans plus; et c'est pour cela qu'elles sont belles.

Il en va de même pour la vérité des hommes: ne la détiennent, en réalité, que ceux qui la vivent, mais qui n'en savent rien.</blockquote>

vendredi 10 décembre 2010

L'escalier

Au moment même de mettre le pied sur la trentième marche, il eût un léger doute. Il ne savait plus  s'il était en train de monter ou s'il était en train  de descendre.

...

A priori, tout indiquait qu'il montait.

L'orientation de son corps, le mouvement qu'il avait esquissé, la logique de l'escalier, sa propre intention une seconde avant de douter,...Tout indiquait qu'il était bien en train de monter.

Mais il lui manquait encore quelque chose pour s'en convaincre totalement:  il lui manquait de s'assurer qu'il était bien en bas, qu'il avait parcouru du chemin pour arriver à cette marche.

Le seul souci, c'était qu'il n'arrivait absolument pas à s'en souvenir.

Il était même presque sûr qu'il n'avait jamais été ailleurs que devant cette marche; celle qu'il croyait, quelques instants auparavant, la trentième d'un escalier qui monte.

...

Il sait maintenant quasi-certainement qu'il n'est ni en train de monter ni en train de descendre. Il est juste devant une marche qui n'est ni le début ni la fin de rien. Elle ne suit aucune autre, et n'est suivie d'aucune autre.

Était-il, depuis tout ce temps, en train de répéter indéfiniment un même geste? un geste qui lui donnait l'impression de monter mais qui en réalité était l'éternel recommencement de la même marche?

Un immense vertige s'empare de lui. Jusqu'à en trembler.

Il était là comme un acrobate nu, un équilibriste sur le vide, en suspens devant un abîme.

Et Il ne savait plus quoi faire.

...

Croire à la logique de l'escalier? Mais l'escalier n'a pas de logique. C'était lui qui avait une logique, c'était lui qui montait ou descendait. Que vaut-elle maintenant qu'il ne sait plus?

Attendre que quelqu'un passe à ses côtés pour lui demander ce qu'il devait faire? Mais que pouvait-il en savoir de plus cet autre? et à propos de quoi? à propos de la marche d'un escalier qui ne monte pas ?

Douter de son propre doute et faire confiance à son intention de "monter"? Mais que vaut son intention maintenant qu'il ne sait plus? Son intention peut-elle demeurer aveugle de ce qu'il fait réellement? ...

Il ne lui restait qu'une seule alternative viable : Accepter de remonter indéfiniment l'unique marche...et entretemps, traduire en arabe  les trente huit mille vers du Don Juan de Lord Byron.

samedi 20 novembre 2010

Le véritable amour

Tu m'as tout entier à chaque fois que tu mets ta main dans la mienne.

Ce n'est pas un simple contact d'épidermes, c'est tout mon être que je mets à ta disposition.

Fermes les yeux et sois avec moi; tu m'entendras, dans mon absolu silence, te dire : je t'aime.

Saches seulement que mon amour est inquantifiable, inqualifiable, intemporel, insaisissable par la pensée. Toute immiscion de l'esprit, le tien ou le mien, même la plus imperceptible, le fait instantanément disparaître.

A chaque fois que tu m'entendras te le dire , saches que je ne veux rien dire à part cela: "je t'aime maintenant, en cet instant, de tout mon être." et strictement rien d'autre.

En cet instant, je n'existe plus, tu n'existes plus... mais nous existons dans notre plus parfaite expression.</blockquote>

jeudi 11 novembre 2010

La route

Aucun homme n'est né suffisamment près de l'origine du monde et aucun n'est mort suffisamment près de sa fin, pour que nous puissions croire son histoire et que nous cessions, enfin, de se souvenir d'un faux début et d'espérer une fausse fin.

L"homme est libre quand, en dépit de l'indétermination du mi-chemin, oublie son point de départ et ne soucie plus de son point d'arrivée; et consciemment marche en mortel, sans en être déçu. Celui-ci choisit la route, cédant volontiers le passage à ceux qui se pressent devant lui. Lui a en tête de mieux saluer le paysage.</blockquote>

lundi 8 novembre 2010

Avoir un rêve

La lumière de vivre m'a, un moment, ébloui pour accentuer ensuite l'obscurité du théâtre.

Je regarde maintenant ma marionnette qui se fait balloter sur la scène du monde;

et le spectacle ne m'amuse plus...

mais il semble qu'il n'y a pas d'entractes, et on devra attendre la fin de la représentation.

La maudite nausée me reprend et toute l'ignominie de ce malaise est qu'il est supportable. La nausée ne tue pas, elle dégoute.

Il me faut changer de vie. Il faut que je rêve.</blockquote>

jeudi 4 novembre 2010

Refuge

Les hommes n'avaient plus foi en Dieu; ne subsistaient, pour se duper, que les religions ritualisées c'est à dire un artifice de la croyance.

Ils n'avaient plus foi dans le vivre ensemble; ne subsistaient, pour se duper, que les sociétés hiérarchisées, c'est à dire un artifice de la communauté.

Et ils n'avaient plus foi en eux-mêmes; ne subsistaient, pour se duper, que les corps fonctionnels, c'est à dire un artifice de l'être.

Ne se reconnaissant plus de ce monde, le poète fuit là où il a  foi en Dieu,  foi en l'autre et foi en lui-même. Il est ailleurs, c'est à dire en soi.

Son Dieu est une espérance fragile, sa communauté une parole poétique et son être un silence limpide...Trois notions : l'espérance, la poésie et le silence, totalement inopérantes dans le monde,  mais qui portent encore le sceau de la vérité.</blockquote>

lundi 25 octobre 2010

L'étincelle et la mer

Dans le pays du feu, l'on craignait beaucoup l'eau,et les jours de pluie étaient des jours de panique et de calamités. - Toutes les flammes  d'ailleurs, connaissent au moins un proche emporté par la pluie- ---

Une jeune étincelle entendit un jour,  parler d'une très ancienne légende du pays du feu, qui racontait que la pluie venait d'un endroit lointain et fait totalement d'eau, appelé "la mer".

L' étincelle décida, après une longue nuit de réflexion et avec toute l'ardeur du feu, de partir à la recherche de cette mer et d'en découdre une bonne fois pour toutes avec elle.

"Sois raisonnable, tu ne l'atteindras jamais", lui objectèrent les flammes. "Pas un feu n'est revenu de ce voyage".

---

Un long voyage et des années après, l'étincelle devenue flamme atteignit la mer au moment même où le soleil se couchait.

Elle s'assit sur la plage, et regarda subjuguée l'étendue immense de l'eau bleue; et au loin, le soleil qui y plongeait.

Une larme de bonheur lui coula sur la joue.

"Pauvre feux,  qui mangeaient du bois et mouraient dans le désert en attendant que le vent disperse à jamais vos cendres. L'eau est en nous et il n'y a  rien à craindre; c'est par elle qu'on atteint le soleil."

mardi 5 octobre 2010

Infidélité

La sensation du devoir accompli est une sensation pernicieuse qui se glisse entre votre peau et vos os, comme une séduisante belle femme viendrait se glisser entre vous et votre pyjama ..., et qui chaque soir, viendra vous demander de coucher avec elle!

Ah! Le beau dilemme!

Dites vous-bien  cependant que chaque fois que vous lui cèderez; vous vous ferez cocu; vous tromperez votre âme...avec vous-même! Demain, votre belle maîtresse vous quittera et vous laissera seul, grelottant de froid sous vos draps.

je ne vous conseillerai pas toutefois la fidélité absolue à votre âme ardente! Cédez de temps en temps aux avances de la douce sensation du devoir accompli.

Tant qu'à faire, vaut mieux vous tromper avec vous-mêmes, car vous finirez sinon, tôt ou tard, par vous tromper avec le monde.

jeudi 23 septembre 2010

Les métiers

L'apiculteur

L'enfant n'apprend en vérité à parler que pour arriver un jour à se taire; un jour quand la fleur du silence aura éclos dans le jardin de son cœur.

Devenu apiculteur, il saura que le nom du miel que l'on tire de cette fleur ne se dit pas.

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Le tisserand

L'enfant n'apprend en vérité à ouvrir les yeux que pour arriver un jour à les fermer;  un jour quand la beauté sera l'unique couleur des rêves qu'il tisse dans son sommeil.

Devenu tisserand, il saura habiller l'obscurité environnante par des étoffes filées dans la lumière.

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Le potier

L'enfant n'apprend en vérité à réfléchir que pour arriver un jour à se fier à son intuition;  un jour quand les mystères déborderont  des amphores de son savoir.

Devenu potier, il saura que l'infini ne peut être entreposé dans des vases en porcelaine.

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L'agriculteur

L'enfant n'apprend en vérité à marcher que pour arriver un jour à marcher la tête haute; un jour quand tout autour de lui, les dos ploieront sous le joug des tyrans.

Devenu agriculteur, il saura que la liberté est sa seule terre et qu'elle ne se vend ni s'achète.

lundi 13 septembre 2010

Mes fleurs de jasmin

Mahmoud Darwich chantait la Palestine.
une Palestine plus vraie que nature.
Un pays qui n'existait pas sur le sol
mais existait dans son cœur;
Et Darwich était palestinien.
--
Il écrivait en arabe,
mais ce n'était pas parce qu'il écrivait en arabe
qu'on le savait palestinien;
mais parce que ses poèmes avaient
l'âme palestinienne.
Il les aurait écrit en hébreu,
ils seraient toujours  palestiniens!
****
****
J'écris en français
la langue de ma culture,
la langue de mes lectures,
la langue de ma tête;
--
la langue de mon exil
l'exil dans mon propre pays.
--
J'écris en Français,
parce que je ne sais pas écrire dans une autre langue;
mais je ne suis pas français,
je suis tunisien.
--
La Tunisie est un beau petit pays de la méditerranée
au nord de l'Afrique
au Sud de Paris
à l'ouest de la Mecque
à l'est de New York
au nord du pôle sud
au sud du pôle nord.
***
***
Je devise sur l'amour Dieu et les hommes
avec le vocabulaire français,
mais mes poèmes ne sont pas français
et pas encore tunisiens;
même si je les aurais écris en arabe,
ils ne seraient pas encore  tunisiens.
--
Ce que j'écris ici et là
n'a pas suffisamment l'âme de mon pays,
elle n'est pas française non plus;
ni allemande, ni porto-ricaine,
ni syrienne ni sud-africaine, ni  rien du tout, je veux juste qu'elle soit tunisienne
-- et je ne peux pas et je ne veux pas écrire en arabe ou en dialectal; je les parle et écrit parfaitement pourtant, mais je ne pourrais pas m'y exprimer clairement.
Je sais écrire en français
mais comment écrire en français que je suis Tunisien?
***
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Aujourd’hui,
je ne suis d'aucune race
je ne suis d'aucune religion
je ne suis d'aucune langue
-- je suis berbère arabe turc français et citoyen du monde
je suis musulman chrétien juif bouddhiste et athée,
je parle arabe français anglais allemand et espagnol, je lis Nietzsche et Ibn Arabi  et écoute  Mozart et Lady Gaga, je porte des djeans américains et mange des pizzas italiennes et je bois le thé vert à la menthe après avoir mangé du couscous.
--
et je ne veux pas changer;
mais je veux aussi dire et écrire autre chose :
Je suis Tunisien.
****
****
Mon pays existe sur le sol
depuis longtemps, depuis toujours;
mais dans mon cœur, je n'y habite pas encore assez.
--
Je n'ai jamais quitté son territoire;
je connais de lui ce que ne connaissent pas les touristes,
J'en connais toute l'histoire; ancienne, présente et future
et je mourrai sans regrets pour son drapeau;
--
Toujours est-il, que je l'aime toujours moins qu'il n'en faut!
Demain, Je l'aimerai encore plus et ce ne sera jamais assez...
--
et certains  instants chéris me le rappellent; comme par exemple,
lorsque je regarde un crépuscule sur la mer méditerranée,
ou quand je me remémore le son de la pluie des hivers de Tabarka,
ou les mûres sauvages qui entouraient le potager de ma grand-mère
lorsque on allait la visiter en été,
--
ou comme en cet après midi de septembre,
quand j'ai cueilli, en marchant dans la rue, quelques fleurs de Jasmins,
et que leur doux parfum atteignit le fond de mes poumons,
et m'a tout de suite rappelé que je suis pour toujours ... Tunisien.