lundi 13 septembre 2010

Mes fleurs de jasmin

Mahmoud Darwich chantait la Palestine.
une Palestine plus vraie que nature.
Un pays qui n'existait pas sur le sol
mais existait dans son cœur;
Et Darwich était palestinien.
--
Il écrivait en arabe,
mais ce n'était pas parce qu'il écrivait en arabe
qu'on le savait palestinien;
mais parce que ses poèmes avaient
l'âme palestinienne.
Il les aurait écrit en hébreu,
ils seraient toujours  palestiniens!
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J'écris en français
la langue de ma culture,
la langue de mes lectures,
la langue de ma tête;
--
la langue de mon exil
l'exil dans mon propre pays.
--
J'écris en Français,
parce que je ne sais pas écrire dans une autre langue;
mais je ne suis pas français,
je suis tunisien.
--
La Tunisie est un beau petit pays de la méditerranée
au nord de l'Afrique
au Sud de Paris
à l'ouest de la Mecque
à l'est de New York
au nord du pôle sud
au sud du pôle nord.
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***
Je devise sur l'amour Dieu et les hommes
avec le vocabulaire français,
mais mes poèmes ne sont pas français
et pas encore tunisiens;
même si je les aurais écris en arabe,
ils ne seraient pas encore  tunisiens.
--
Ce que j'écris ici et là
n'a pas suffisamment l'âme de mon pays,
elle n'est pas française non plus;
ni allemande, ni porto-ricaine,
ni syrienne ni sud-africaine, ni  rien du tout, je veux juste qu'elle soit tunisienne
-- et je ne peux pas et je ne veux pas écrire en arabe ou en dialectal; je les parle et écrit parfaitement pourtant, mais je ne pourrais pas m'y exprimer clairement.
Je sais écrire en français
mais comment écrire en français que je suis Tunisien?
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Aujourd’hui,
je ne suis d'aucune race
je ne suis d'aucune religion
je ne suis d'aucune langue
-- je suis berbère arabe turc français et citoyen du monde
je suis musulman chrétien juif bouddhiste et athée,
je parle arabe français anglais allemand et espagnol, je lis Nietzsche et Ibn Arabi  et écoute  Mozart et Lady Gaga, je porte des djeans américains et mange des pizzas italiennes et je bois le thé vert à la menthe après avoir mangé du couscous.
--
et je ne veux pas changer;
mais je veux aussi dire et écrire autre chose :
Je suis Tunisien.
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Mon pays existe sur le sol
depuis longtemps, depuis toujours;
mais dans mon cœur, je n'y habite pas encore assez.
--
Je n'ai jamais quitté son territoire;
je connais de lui ce que ne connaissent pas les touristes,
J'en connais toute l'histoire; ancienne, présente et future
et je mourrai sans regrets pour son drapeau;
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Toujours est-il, que je l'aime toujours moins qu'il n'en faut!
Demain, Je l'aimerai encore plus et ce ne sera jamais assez...
--
et certains  instants chéris me le rappellent; comme par exemple,
lorsque je regarde un crépuscule sur la mer méditerranée,
ou quand je me remémore le son de la pluie des hivers de Tabarka,
ou les mûres sauvages qui entouraient le potager de ma grand-mère
lorsque on allait la visiter en été,
--
ou comme en cet après midi de septembre,
quand j'ai cueilli, en marchant dans la rue, quelques fleurs de Jasmins,
et que leur doux parfum atteignit le fond de mes poumons,
et m'a tout de suite rappelé que je suis pour toujours ... Tunisien.

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