dimanche 26 septembre 2010

Le radeau

La terre d'un poète est faite de sables mouvants; il tire un pied...et l'autre s'enfonce. Il ne s'en inquiète plus, depuis qu'il appelle cela marcher.

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Si j'avais le choix, j'arrêterais d'écrire;

parce qu'écrire me prive de nourriture, de sommeil et peut-être même d'amour.

je sais qu'écrire, c'est mourir; mais je ne m'en inquiète plus outre mesure, depuis que j'appelle vivre,"mourir en l'écrivant". --

Témoin de la vie qui s'enfuit,

j'enregistre le siècle qui passe pour le siècle qui vient.

Et  même si je sais que demain,

je serais comme ce vieil arbre, un tronc mort qu'on trouve sur la plage après un violent orage d'octobre,

blessé, sec et sénescent.

Je me dis qu'importe!

Comme ce tronc d'arbre qui, témoin de l'amour éternel de deux tourtereaux, en garde la trace sur son écorce: deux initiales, une flèche et un cœur.

Je serai le témoin de mon existence,

et sur mon corps, vous retrouverez aussi les traces d'une gravure: mon initiale, celle de la vie et un poème.

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Je voulais me retenir,

et faire comme les poètes de la concision, ceux qui n'écrivent qu'un poème par année et un seul mot à chaque ligne.

je voulais partir au désert pour apprécier la moindre goutte d'eau;

me voilà sous le déluge comme si un vieux barrage avait craqué

les mots me submergent, et tout ce qu'ils charrient de douleur aussi.

mon péril n'est plus de mourir de soif, mais de me noyer.

Aimer est mon seul radeau La vie est ma seule île.

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