« …Et la Grâce plus belle encore que la beauté » Terre de lumière terre de l’homme en son jour je te célèbre je te révèle je te sacre en t’imposant comme une couronne mystique ce nom Terre de la Grâce.Je ne chanterai pas l’arabesque la couleur ni le monument d’or ancien mais une forme de vie simple à ras de plaine et de mer sous le soleil mais le geste et la parole ordinaires vifs et affleurant des plus vieux âges mais la gloire sublime et pauvre de l’homme en la stature naïve et souveraine qu’il reçoit de toi Terre de l’homme en son jour.
Soit ma parole sans apprêt vêtue de jour et d’ombre purs pour la prière et le salut. et soient éteints les plus grands feux afin que brûle seul sous la cendre des siècles l’amour secret humble nu
En une île de palmes et d’eaux vives un homme aveugle et retranché psalmodiait la plainte humaine je les ai connus ils m’ont connu ils m’ont reconnus à cause du visage de Dieu Ainsi chante à bout de misère l’Espérance qui ne fonde pas l’homme sur l’homme.
Le visage nul ne le voit mais sa lumière forme ce monde comme un poème le plus beau O Présence présence de l’Unique dans le Rien.
A d’autres terres des hommes Lucifer et l’Esprit violent Prométhée avec le fer et le feu dans son poignet A d’autres terres l’immensité continentale le limon et la forêt franche plus profonds que l’océan et les rivières embourgeoisées avec les fleuves impériaux.
A toi la mesure du cœur le rire expirant en sourire perdu et la distance intérieure où l’esprit se retrempe en sa source d’enfance. Ta gloire passe toute gloire et ta grandeur toute grandeur temporelle car tu as charge de l’homme.
Jeune femme en trône sur la mer sise à la croix des cours éternels Amphore de glaise vulgaire mais par Dieu même pétrie d’huile essentielle et de soleil tournée au galbe canonique dont toute forme belle est l’écho le premier Souffle en toi continu vibre encore des promesses de la Genèse.
Tu es chaste en ta perfection dure à défendre ton secret mais suave en tes paroles et débonnaire naïves en tes ruses et fraîche comme la chute du soir au désert ouverte à tous les vents comme la rose et comme une maison sans maître.
Qui passe ton seuil reçoit des anges épars la science informulée des hautes Convenances. Qui t’as vu une fois t’embrasse pour toujours dans son regard et te contient toute entière dans son cœur comme l’épouse de son destin Que d’autres pour ton louage hissent en triomphe le grand pavois des vocables de cérémonie. Mais plus belle liturgie veut être ainsi la plus pauvre formée de mots orphelins a qui tu donnes une patrie les mots ouvriers de l’âme l’encens des formules communes mais sous ton ciel dans ta lumière ils retrouvent la frappe et le vif de l‘innocence.
Peuple de ce jour et de demain Peuple de très haute ascendance Chacun de tes hommes est comme le monument de lui-même.
Je sais les anciens temples d’or et de miel et les temples d’Islam sculptés dans la matière du jour mais pour ma prière je ne veux point d’autres parvis que tes plaines de cendre rose ni d’autel que les montagnes d’opale de lapis et d’hyacinthe dans la distance où l’homme perdu noyé de misère rejoint son essence qui est souffle pur et sa patrie l’œil de Dieu pleuvant en lumière au cœur de l’abandonnement.
Ces champs de paix où les tombes comme des fleurs blanches et bleues parmi les herbes où le sable déclinant vers la mer naissent puis lentement s’effacent et se fondent au sable rien ne marque leur borne…
Ici le geste humain est tel que d’une danse De tous connue et pratiquée par un savoir très ancien. Sa marque distinctive se transmet d’âge en âge en un ordre sacré qui scelle le nom d’homme : KOUN RAJEL.* Ainsi l’homme arrivé pousse l’enfant vers l’homme désignant l’origine et l’horizon.
Au vif d’un temps de fer ou Caïn forge sa revanche dans le déhalement des mers et des continents voici les chants profonds des descendants d’Abel. Au cœur de ce jour neuf de temps ancien reste vivant Seigneur et frère au nom de Dieu est l’Etranger Le maître sur son seuil tel un prêtre à l’autel s’incline pour l’accueil et le baiser de la paix.
Dans ce recoin de l’ombre où ma mémoire est prise un enfant m’attendait il ne me reconnaît pas. Moi je le reconnais au puits de son regard terrible en sa douceur d’étoile palpitante immobile sur l’horizon du temps profond.
Que dira l’homme d’âge ployant sous des images pour lui seul sacrées et pour lui seul surgies de la mer des jours morts à la mort arrachée par poignées dans le désir et le regret.
Le vent m’emporte avec le sable sans retour mais les lieux absolus où réside à jamais l’ombre de mon enfance bravent le temps rongeur tant qu’un mur blanc marque d’un signe pur la couture insensible qui lie la terre au ciel et la ville vivante avec le champ des morts.
Très loin dans la distance je vois ces cités saintes formées de blocs de jours maçonnées de nuit pure tant d’oiseaux et d’enfants piaillent parmi les fruits le front taurin d’une marée d’hommes en marche tournant le dos aux nostalgies des temps anciens. Ont-ils rompu le Sceau brisé la Loi secrète et noyé l’Arche antique ou la forme de l’homme comme graine première et semence éternelle préfigurait le pas et l’ordre et l’aventure même de tout enfant né sous ce ciel.
Que la mer monte et le printemps vers l’avenir. Mais le ciel en ce lieu conjurant tout désastre conciliera la loi des anciens sanctuaires avec les jeux nouveaux du compas et du plomb.
Les fleurs d’acier et les fleurs de verre et les constellations profanes au long des plages vous mangeront déserts steppes et plaines et vous jardins étagés sur la mer occultant Betelgueuse, Sirius et Rigel.
Nous passons, nous sommes passés, et nos pas sont effacés Restent seuls quelques signes ineffaçables que je trace en pleurant dans un lieu innommé.</blockquote>
dimanche 19 décembre 2010
"Tunisie de la grâce" de Jean-El-Mouhoub-Amrouche
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire